Cité double couronne à Saint-Denis - SAINT-DENIS

93200 SAINT-DENIS

Soit une barre sans aucune qualité architecturale, construite dans les années 60 et fortement dégradée. Elle présente cependant l’atout d’être à l’arrière d’une parcelle triangulaire bénéficiant d’un vaste espace vert et d’un alignement de grands arbres, vestiges d’un ancien fort qui a laissé son nom. L’architecte Pierre Riboulet appelé à résoudre l’équation, destruction / reconstruction, a fait le choix de restructurer l’îlot avec l’intention de recréer un morceau de ville plutôt qu’une cité repliée sur elle-même. En accord avec l’Opac il a proposé d’inscrire huit petits bâtiments sur le pourtour de la parcelle, entre les arbres, préservant ainsi un jardin central. Cette configuration permettait de créer un alignement harmonieux sur la rue tout en ménageant des transparences. De la cité initiale, Pierre Riboulet disait « …Toujours ce ghetto, construit de toutes sortes de manières, comme si l’on s’était ingénié à l’époque à créer des zones d’insécurité, plus vraisemblablement des zones d’exclusion…. »*, alors que lui souhaitait « des situations urbaines qui ne figent pas les habitants à l’intérieur d’une cité… ». L’élaboration de ce plan-masse s’est fait en concertation étroite avec les habitants qui souhaitaient une requalification de leurs logements en termes de confort mais aussi d’image et qui voulaient conserver leur jardin tout en évitant l’enfermement d’un îlot clos de bâtiments. Pierre Riboulet avait déjà amorcé une opération similaire à la cité Chantilly à Saint-Denis (1997-2008. Cf fiche de l’observatoire : Reconstruction et réhabilitation de la cité Chantilly à Saint-Denis). Par ailleurs il connaissait bien la ville de Saint-Denis où il avait déjà construit la bibliothèque de l’université (1991-97), l’extension de la clinique Porte de Paris (1996), conçu l’aménagement des abords de la basilique (1985-1992) et enfin travaillé au projet urbain pour la Plaine Saint-Denis (1990-1994). Le terrain de l’opération Double Couronne est bordé par la rue Jules Védrines et l’avenue Lénine, et au nord par une voie privée qui le sépare de la cité Guynemer. Le projet conserve cette voie privée traversante, mais avec des accès contrôlés par une grille de part et d’autre. Le parking y est installé, et le reste de l’îlot est piétonnier. Les immeubles implantés le long des rues sont à R+4 tandis que ceux situés au fond de la parcelle, face à la cité Guynemer, sont à R+6, de façon à faire écran aux bâtiments de grande hauteur qui la constituent. Pour obtenir de la diversité dans l’unité d’ensemble, Pierre Riboulet a définit six lots et confié leur conception à différents architectes. Chacun était responsable de son ou ses bâtiments mais travaillait en constante coopération avec ses voisins, dans le cadre d’une maîtrise d’oeuvre coordonnée attentive aux hauteurs et gabarits et de typologies semblables. A la disparition de Pierre Riboulet en 2003, l’atelier Choiseul et notamment l’architecte Florence Crépu, a poursuivit le travail de coordination. La composition de l’îlot a été conçue en fonction des arbres existants. Le beau mail d’acacias et de tilleuls qui le traverse et la vaste pelouse ont été conservés et mis en valeur, aussi bien pour leurs qualités que parce qu’ils représentent la mémoire du lieu pour les habitants. Un chemin dessert l’arrière de tous les immeubles. Des jardins privés trouvent place devant les logements des rez-de-chaussée, coté jardin pour les immeubles implantés le long de la voie privée et côté rue pour les immeubles alignés sur les voies. Ces derniers occupent une partie de la bande de quatre mètres de recul exigée par le POS. Cette épaisseur est plantée d’arbres (certains existaient d’autres ont été introduits) et d’arbustes. Côté jardin, les parties privées sont bordées le long du mail par un muret bas en brique. De fait ce qui frappe lorsque l’on traverse l’îlot, c’est la qualité et la générosité des espaces verts, largement utilisés par les habitants et notamment les enfants qui peuvent jouer en toute sécurité. Les bâtiments sont de différentes tailles, mais tous présentent une volumétrie très découpée, avec un recours fréquent aux formes triangulaires. L’idée étant de retrouver la forme de l’îlot à toutes les niveaux du projet, dans une imbrication d’échelles allant jusqu’au logement. Le cahier des charges imposait aux architectes des étages courants semblables, mais les rez-de-chaussée restaient libres. Les parties supérieures, volontairement irrégulières, sont conçues pour former une sorte de frise géométrique, renforçant l’impression d’attique. Les murs (en béton armé avec isolation intérieure) sont généralement lisses, revêtus d’un enduit clair, avec ici et là des touches de couleurs vives. Les matériaux autres que le béton peint sont rares, à peine un peu de brique. Pour animer les façades, les architectes ont surtout joué sur les rapports des volumes et de pleins et de vides. Les menuiseries sont en PVC et les volets roulants ou coulissants sont en aluminium. Les bâtiments sont totalement autonomes. Chacun possède un noyau de circulations verticales (ascenseur et escalier), des locaux pour les poussettes et les vélos ainsi qu’un local poubelle. Tous les halls sont traversants, ils s’ouvrent à la fois sur la rue et vers le jardin. Leur accès depuis la rue est contrôlé par un digicode (au droit d’une première grille) puis, par un interphone. Les halls aussi bien que les paliers d’étage sont baignés de lumière naturelle. Les logements, du T1 au T5, sont tous à double ou triple orientation. Ils bénéficient tous de terrasses ou de loggias. Ils sont dotés de celliers intérieurs et extérieurs selon l’organisation des appartements. Les volumes comme les espaces sont généreux et l’attention particulière apportée aux ouvertures les dotent à la fois de vues nombreuses et de beaucoup de lumière. Par ailleurs, tous les logements ont des circulations intérieures adaptées aux handicapés. L’opération a été réalisée en deux temps. Tout d’abord ont été construits les immeubles en périphérie, terminés en 2005, où ont été relogées 58 familles venant de l’ancienne barre. Cette dernière a été démolie à la mi-janvier 2007 offrant une perspective entièrement nouvelle sur les alentours. La seconde tranche, livrée en 2009 a permis d’accueillir les familles qui n’avaient pas pu obtenir de logements dans la première tranche ainsi que de nouveaux habitants. L’implication des habitants a été effective tout au long de cette opération, tant pour la concertation sur le projet que pour les délicates questions de relogement. De fait, cette opération de renouvellement urbain a été une véritable aventure collective, et aujourd’hui la cohésion des habitants relogés est d’autant plus forte qu’ils se connaissent déjà et qu’ils ont vécu ensemble toutes les étapes de l’opération. Un bâtiment en accession à la propriété sera bientôt construit rue Jules Védrine, à l’entrée du parking, venant terminer l’aménagement de l’îlot. * Pierre Riboulet «Un parcours moderne», éditions du Linteau, 2004. Maître d’ouvrage : Opac de Paris, puis Paris Habitat Maîtres d’oeuvre : Architectes coordonnateurs : Pierre Riboulet avec Florence Crépu 1999/2003 ; Atelier Choiseul 1999/ 2009 Architectes d’opération : S. Cléret, F. Crépu (atelier Choiseul), F. Keller et Ph. Bonneville, M. Nouvel, J.-B. Bethgnies et S. Leclair Paysagiste : François Tribel

Programme

110 logements démolis. 141 logements construits

Maître(s) d'ouvrage(s)

Types de réalisation

Année de réalisation

Surface(s)

12 800 m2 (SHON)

Coûts

2,5 millions d'euros HT

Documents

Crédit photos

CAUE 93 : Marie-Françoise Laborde

Date de mise à jour

15/10/2009