La création du Campus universitaire Montmuzard - Dijon

Campus universitaire, 21000 Dijon

Architecture du XXe en Côte d’Or

La décision de créer un campus universitaire à la périphérie donna une orientation urbaine décisive à la ville à partir des années 1950. Dijon devient ainsi l’une des premières agglomérations françaises à se doter d’un équipement nouveau, qui affirme à travers son monumentalisme son ambition et la dignité de sa mission éducative. Comme dans d’autres académies, la clairvoyance et le courage d’un recteur ont joué un rôle décisif dans la réussite du projet : en s’installant à l’écart du centre-ville, l’université s’est par la même occasion accordée la possibilité d’extensions et d’aménagements futurs. Roger Barade a eu la charge considérable de concevoir ce vaste ensemble qui restera sans doute comme l’œuvre la plus emblématique dans sa prolifique carrière.

Le recteur Marcel Bouchard (qui occupa ce poste entre 1946 et 1968) fut effectivement l’un des principaux acteurs de ce chantier. Mais ces grands travaux concernent alors d’autres sites universitaires français : alors que le chantier débute à Dijon, l’université de Caen (1954, Henry Bernard et Edouard Hur architectes) affiche déjà une grande composition d’esprit classique dans un parc aéré, qui réserve lui aussi la possibilité d’édifier de nouvelles constructions. Dans la capitale bourguignonne, c’est le plateau de Montmuzard qui fut choisi afin d’accueillir le complexe. Le traitement paysager et les importants espaces verts constituent encore aujourd’hui un atout agréable pour la vie étudiante. La campus s’organise alors en trois secteurs répartis d’ouest en est à partir du boulevard Gabriel. L’entrée principale est située au nord, où elle ménage une perspective sur une large partie des bâtiments. Ces trois secteurs correspondent à trois tranches construites successivement : le centre d’enseignement supérieur et de recherches (comprenant les lieux d’enseignement, dont les facultés de sciences et droit-lettres, la bibliothèque), la cité universitaire (essentiellement composée des pavillons abritant les chambres d’étudiants), et le centre sportif (terrains de sports, gymnase, piscine…). A l’ouest, les façades sont alignées sur le boulevard, faisant face à la ville ; à l’est, les constructions sont orientées vers la campagne.

Les premières esquisses sont dessinées par Gaston Paris, qui décède en 1952. Roger Barade, depuis peu architecte départemental, lui succède : construits de 1945 à 1971, les différents bâtiments de cette première période révèlent tous son empreinte, que l’on ne peut qu’imparfaitement réduire à un monumentalisme empreint de classicisme. L’impression de gigantisme domine certes au premier abord : la régularité des ouvertures et l’aspect uniformément lisse du parement en pierre locale accentuent l’impression d’un étirement qui n’est rompu que par les saillies des entrées et des petits amphithéâtres. Première achevée en 1957, la faculté de Sciences atteint 120 mètres de long pour 20 mètres de haut. Il s’agit d’une véritable mise en scène qui affirme avec force la présence des bâtiments à la lisière de la ville. Derrière le sobre placage de pierres, toute l’ossature et les planchers sont en béton armé. L’une des qualités des réalisations de Barade (assisté de François Ruault) réside dans l’aspect sculptural de certains éléments porteurs, mais aussi dans une exécution soignée: dans les halls et couloirs lumineux, où le bois participe aux contrastes des matériaux, on remarque le dessin élégant d’un escalier, d’un plafond ou d’un luminaire. Cette apparence solennelle – certains pourraient dire soviétique – dissimule donc derrière ses bas-reliefs et statues héroïques une sensibilité indéniable qui en fait à l’époque toute la réussite. L’hermétisme du complexe par rapport à la ville et l’accroissement des effectifs  conduiront à la mise en place d’un schéma directeur dans les années 1990.

Les innovations introduites dans le mobilier des chambres d’étudiants et dans quelques amphithéâtres de la faculté de Sciences illustrent un autre aspect du projet. Les avancées opérées en ce domaine dans l’après-guerre sont en effet fondamentales, grâce notamment à des concepteurs comme Jean Prouvé. Cette époque correspond pour le constructeur lorrain à un développement sans précédent de ses activités comme fabricant de mobilier. La production en série de modèles désormais célèbres s’oriente également vers les besoins scolaires et universitaires. Au cours des années 1950, la cafétéria de l’école des Arts et Métiers à Paris, les facultés de Droit d’Aix-en-Provence ou de Médecine de Paris sont équipées par les Ateliers Jean Prouvé. La demande stimule la production de nouveaux modèles, par exemple pour les chambres universitaires de la cité d’Antony. Les équipements de l’amphithéâtre de Dijon relèvent d’un modèle type à structure en tôle pliée, conçu en 1951. Il a été mis en place bien après le départ de Prouvé de ses ateliers, lesquels cessèrent la fabrication de mobilier en 1959. Sa robustesse et ses formes participent de l’intérêt de cette partie du site universitaire

Extrait du Guide d’architecture en Bourgogne 1893-2007- Éditions Picard –  2008

Maître(s) d'ouvrage(s)

Année de réalisation

Surface(s)

Non communiqué

Coûts

Non communiqué

Crédit photos

CAUE 71

Date de mise à jour

20/10/2016