Le Chronographe - Rezé

Rue Saint-Lupien, 44400 Rezé

Le projet s’installe sur le site de La Chapelle St Lupien, site remarquable et chargé d’histoire de la ville de Rezé. Lieu de promenade déjà pratiqué par des visiteurs curieux ou joggeurs du dimanche, il est aussi un lieu singulier de découvertes de fouilles archéologiques importantes, dont les révélations font état d’un quartier portuaire de l’agglomération gallo-romaine formant aujourd’hui un soupçon de jardin archéologique. D’autre part, Rezé possède un véritable patrimoine architectural et urbain à découvrir… Dans ce contexte, le projet de Centre d’Interprétation et d’Animation du Patrimoine résonne avec son paysage déjà construit, proche comme lointain. Il compose en effet avec le bâtiment de La Chapelle St Lupien, le bâtiment de la Maison Radieuse de Le Corbusier ; et plus loin, des émergences comme la Tour de Bretagne, la grue Titan grise…, autant d’éléments architecturaux remarquables, identitaires de la ville de Rezé et de Nantes. Ce nouvel équipement est conçu comme un vrai projet de valorisation du territoire de la ville de Rezé, comme un nouvel outil de travail, de communication et comme un lieu d’échange. Il fonctionne comme un outil pédagogique sur la diffusion et la compréhension du patrimoine rezéen avec comme point de départ, la reconquête de la ville antique sous la forme d’un projet de paysage.

Un paysage à révéler
Dans le respect des traces de la ville antique, des murets de pierre émergeants et ceux restés enfouis, le projet s’installe ainsi délicatement à la fois au-dessus et entre les vestiges. Le positionnement du bâtiment selon l’ axe Nord-Sud, est par ailleurs cohérent au regard de la logique urbaine de la ville antique.
Ainsi pensé comme un nouveau symbole identitaire de Rezé, l’implantation d’un volume étirée ainsi défini permet de travailler un bâtiment relativement simple et radical, tout en cherchant une architecture expressive, remarquable, de loin comme de près.
Enfin, dans l’idée d’un bâtiment qui se donne à voir, nous avons proposé, associé aux espaces de muséographie, de pédagogies et de recherches, un élément haut, un signal, un élément reconnaissable, identifiable.
Cet élément haut et visible depuis le boulevard Général De Gaulle (voire au-delà), est travaillé comme un espace de curiosité, derrière lequel promeneurs et visiteurs du futur équipement peuvent agrémenter leur parcours ou leur visite. Cet élément « signal » fonctionne alors comme repère et devient le point de départ ou le point d’arrivée d’une promenade possible.

Provoquer l’imaginaire… la ville qui se construit et se reconstruit…
Plutôt légère dans son expression architecturale, à l’image des observatoires de pêcheurs ou de chasseurs, des belvédères de campagne, ou des tours médiévales, cette structure « habitée » et poétique provoque autant l’imaginaire des enfants que celui des adultes. Architecturalement, cette structure « échafaudée », évoque la ville qui se construit et se reconstruit
Pensée et dessinée comme un échafaudage en bois et métal, la structure se parcourt à pied ou par un ascenseur. Dans la continuité de ces emmarchements, de larges paliers forment de petits promontoirs et au dernier niveau, le plateau à 15,20 métres de hauteur donne à voir le jardin archéologique dans son ensemble, ainsi que des vues et perspectives sur les villes de Rezé et de Nantes. D’un point de vue pédagogique, depuis ce belvédère, une table d’orientation est proposée afin d’aider enfants et adultes à retrouver certains éléments remarquables de la ville de Rezé et même au-delà… c’est la grue Titan grise, l’usine Béghin Say, la Maison Radieuse, la tour de Bretagne, etc.
Les façades extérieures sont traitées de façon très simples mais toujours dans cette recherche d’ « expression constructive ». La façade développe une trame en bois de Mélèze verticale régulière qui découle de son systéme constructif. Une seconde trame horizontale découpe les façades et propose un jeu de remplissage plein/vide qui joue de l’aléatoire. Cette décomposition irrégulière des façades du rez-de-chaussée permet de travailler des cadrages liés à la muséographie de l’Exposition Permanente. Le choix des ouvertures fait l’objet d’une attention précise en lien direct avec les quatres différentes séquences demandées au programme : vues en contre-plongée sur les murets du jardin archéologique, un cadrage précis sur la Chapelle St Lupien, un percement bien contrôlé sur la Maison Radieuse…

Un outil fonctionnel
Rez-de-jardin
– Dans l’idée de venir se glisser à l’intérieur du jardin archéologique, nous avons proposé un niveau en rez-de-jardin venant s’ancrer dans le sol en partie Sud. Suivant les murets de pierre existants, le volume s’étire vers le Nord afin de venir chercher le cheminement en bois créé au niveau du sol naturel. Cet espace contient l’Exposition Temporaire, totalement transparent sur l’extérieur. Il dialogue ainsi avec la topographie du terrain et propose des vues et perspectives balayant l’ensemble du site archéologique. Les ateliers pédagogiques s’ouvrent sur cet espace. Depuis ce lieu d’Exposition Temporaire, une sortie directe sur le jardin est proposée permettant ainsi aux groupes un débordement possible en terme d’activité et de bien-être.
Rez-de-chaussée
– Au niveau supérieur, à rez-de-chaussée, en liaison avec le cheminement bois Est-Ouest créé, un parvis s’inscrit entre des murets existants et grâce à un jeu de rampes vient chercher l’entrée du bâtiment. L’accueil est un espace ouvert, totalement traversant d’Est en Ouest. Depuis cet espace, on perçoit la muséographie de l’Exposition Permanente qui se déroule sur la quasi totalité du niveau. En surplomb sur le jardin, cet espace d’exposition embrasse l’ensemble du site, créant ainsi des cadrages, des perspectives, réalisés en façade de façon à cadrer sur un morceau de paysage choisi. Les deux espaces d’exposition développent ainsi des espaces très facilement modulables, puisque les porteurs sont déportés en façade. En liaison directe avec le hall d’accueil, le niveau 1 contient le pôle logistique, à savoir le bureau Direction et Animation.
La Terrasse
Au niveau supérieur, la terrasse en bois de Mélèze est accessible et permet une souplesse d’utilisation de l’équipement. Elle permet en effet un débordement intéressant pour les expositions sur l’extérieur, ou d’accueillir à un moment donné un artiste, ou une manisfestation quelconque. Elle a également la capacité d’acceuillir les groupes d’enfants pour pique-niquer en passant par l’escalier extérieur lié au jardin.
Le Jardin Archéologique
La retranscription de la ville reste suggestive et subtile. Une grande part de la poésie du site provient de l’empreinte de la ville disparue matérialisée par quelques vestiges préservés. Les quelques morceaux de murs conservés sont suffisamment évocateurs pour permettre de suggérer l’ossature de la Ville Antique, ses ruelles et son animation. Le Jardin Archéologique est une transpiration poétique de cette ville disparue. C’est donc un jardin minimaliste, respirant le silence, monochrome et donc sans contraste de couleur. Des pelouses légèrement décaissées ou des fines tables de charmes tracent l’emprise des bâtiments antiques.
La beauté du Jardin réside dans son rythme géométrique légèrement irrégulier reproduisant l’empreinte exacte des bâtiment antiques, et également dans son uniformité de tons et sa monochromie, ambiance dans laquelle le nouvel équipement s’installe… (texte : BERRANGER-VINCENT Architectes)

Approche environnementale
La performance énergétique du bâtiment respecte la RT2012 et propose une démarche BBC
La morphologie du bâti est compacte afin de limiter le développé de faces déperditives. La création de surfaces vitrées dans l’enveloppe est limitée afin de conserver la haute performance thermique visée. Les façades sont cependant suffisamment vitrées pour bénéficier toute l’année d’une importante quantité de lumière naturelle, qui contribue à réduire notablement les consommations électriques d’éclairage.
L’enveloppe que nous avons conçue est variable selon les zones et les orientations, mais le principe commun retenu est celui d’une isolation renforcée pour limiter, dans les périodes de l’année où les conditions extérieures s’éloignent du confort requis à l’intérieur, les échanges thermiques entre l’intérieur et l’extérieur.
L’excellente performance thermique d’enveloppe que nous avons décidé d’atteindre est en fait le résultat de l’action associée de quatre facteurs :
– Haut degré d’isolation des parois opaques (épaisseur importante et bas coefficients de transmission thermique),

– Traitement de tous les ponts thermiques, nez de dalles béton, acrotères, retombées d’isolant sur les poteaux porteurs,…

– Soin apporté au traitement de l’étanchéité à l’air de l’enveloppe : mise en œuvre des menuiseries avec des joints comprimés, et mise en œuvre de manchons d’étanchéité autour de tous conduits et câbles devant percer l’enveloppe, afin de supprimer les infiltrations d’air parasite qui affectent le confort et dégradent les performances acoustiques de l’enveloppe,

– Menuiseries et vitrages très performants : cadres à rupture de pont thermique, double vitrage avec argon et faiblement émissif. Cette disposition est une des mesures adoptées permettant de limiter les effets de parois froides, sources d’inconfort et sources potentielles de condensation, que l’occupant compense généralement par une augmentation des consignes de chauffage, donc des consommations énergétiques. Selon les résultats de nos études dans les phases ultérieures du projet, une partie des façades pourrait passer en triple vitrage.

Les vitrages sont de préférence clairs pour bénéficier des apports solaires en hiver et en demi-saison, pour permettre une bonne pénétration de la lumière naturelle et un bon rendu des couleurs.
L’ensemble de ces dispositions résulte en une excellente performance d’enveloppe, ce qui met le projet en excellente voie pour réduire sa demande en énergie.

Confort d’été passif
Le confort d’été en évitant le recours à un système de refroidissement actif est obtenu grâce à la mise en œuvre de différentes stratégies qui interagissent.
L’inertie permet de maintenir une température intérieure stable malgré les brusques variations extérieures. Elle permet de limiter les puissances de relances de chauffage en hiver et participe très largement au confort d’été. L’exploitation de la masse inerte des planchers leur permet d’absorber des charges thermiques de jour, et de les relâcher de nuit grâce au balayage des surfaces par les courants d’air naturels.
Dans les phases suivantes d’études nous étudierons et optimiserons le comportement de différents locaux en période chaude, par simulation thermique dynamique. Nous optimiserons les trois paramètres clé : accès à l’inertie, ventilation naturelle, protection solaire.

http://berrangeretvincent.com/

http://www.francoisdantart.com/Le-Chronographe-Berranger-et-Vincent-architectes-Reze-44

PROUTEAU Eva. « Energie fantôme ». 303, n°142, septembre 2016, pp. 74-77

Programme

Centre d’interprétation et d’animation du patrimoine

Maître(s) d'ouvrage(s)

Types de réalisation

Année de réalisation

Surface(s)

SU : 596m2 / SHON : 688m2

Coûts

2 500 000€ (HT) (hors scénographie)

Documents

Crédit photos

© François DANTART

Date de mise à jour

03/11/2017