Maison CCàN : rénovation et surélévation d’une maison de ville - Nantes

44000 Nantes

Projet sélectionné dans le cadre d’Aperçus 2021 – prix départemental d’architecture et d’aménagement du CAUE de Loire-Atlantique.

Réalisation présentée lors du RDV du CAUE #13 « Petites histoires de maisons : habiter la toiture » du 04/02/2020 par le CAUE de Loire-Atlantique.

Le quartier Saint-Donatien est un secteur recherché de Nantes, pour la qualité de son cadre de vie. S’y mêlent des maisons de ville et de grandes villas des années 1900, des lotissements des années 30 et des maisons et petits immeubles modernes.

La maison CCàN appartient à un lotissement en impasse, fortement marqué par la présence à son entrée d’une imposante villa éclectique du XIXe siècle. Sa haute silhouette montre sur trois niveaux des éléments néo-gothiques et néo-classiques, faits de moellons bruns et de calcaire clair, avec de larges débords de toitures soutenus par des charpentes peintes apparentes. Face à elle, de belles architectures anciennes complètent l’alignement bâti.

Dans ce contexte patrimonial, la maison CCàN ne présentait pas de caractère particulier, mais une volumétrie à deux niveaux qui l’intégrait dans son environnement bâti.

Le projet a consisté à restructurer l’ensemble de la maison. L’usage des pièces a été inversé, en faisant revenir les pièces de vie vers le coeur d’îlot et en ouvrant pour cela largement le rez-de-jardin.

La nécessité de trouver deux nouvelles chambres a conduit à surélever la partie basse de la maison. Pour minimiser l’impact de l’intervention côté rue, la toiture s’est soulevée principalement côté jardin, où elle est portée par de longs chevrons débordants surmontant un niveau entièrement vitré. Une pergola s’accroche à la nouvelle charpente.

La nouvelle écriture de la maison s’inscrit dans la riche histoire formelle des villégiatures du XIXe siècle, où la recherche d’espaces « d’entre-deux », loggias ou balcons, permettait une expression ostentatoire des volumétries et des éléments bâtis.

La maison témoigne qu’il est ainsi possible de s’exprimer fortement dans le respect d’un contexte patrimonial protégé, et d’y « ajouter sa pierre », au prix d’un travail conceptuel et formel.

(texte : Elise Boucher, CAUE de Loire-Atlantique)

 

CONTEXTE
Le projet se situe dans le quartier résidentiel de Saint-Donatien, à l’Ouest de Nantes. Il s’agit d’un quartier à faible densité urbaine avec un voisinage composé essentiellement de maisons individuelles. La maison se situe dans une petite impasse privée ayant un fort caractère patrimonial. La façade urbaine située devant la maison CCàN est classée par le PLU « séquence urbaine de type 1 », à savoir « des ensembles urbains remarquables où le gabarit, la volumétrie et la cohérence des éléments d’architecture qui composent la séquence, forment un espace public de qualité, dont l’ambiance urbaine est typique de Nantes. »

LA MAISON EXISTANTE
A l’inverse de cette façade remarquable, la façade urbaine dans laquelle s’insère notre projet est composée de maisons à l’architecture plus modeste. Ces façades sont caractérisées par un soubassement en pierre, un enduit clair et uniforme et par le manque d’éléments ornementaux. A l’Est, la maison mitoyenne se compose d’un rez-de-chaussée et d’un étage, et présente une toiture en tuiles. A l’Ouest, l’autre maison mitoyenne a initialement été construite en retrait de la limite latérale (+1,50m), puis une construction basse a été rajoutée. Elle se compose d’un rez-de-chaussée et d’un étage aménagé sous combles. Sa toiture est en ardoises. La maison existante du projet a été construite en deux temps : un premier volume bas avec une toiture en ardoises a été construit au début des années 50s. Une surélévation a été ajoutée à l’Est au début des années 60s. Et sa toiture à quatre pentes a été réalisée en tuiles. Ce fait génère un effet probablement non recherché très intéressant : la maison se trouve divisée en deux entités formelles qui partagent chacune le gabarit et les matériaux de toiture de la maison voisine. Le rez-de-chaussée se compose côté rue d’un salon, d’une chambre, d’un garage. Côté jardin, on trouve une autre chambre et les pièces humides (cuisine, salle de bain, wc, buanderie). L’étage qui a été réalisé à la limite Est a permis d’ajouter deux chambres supplémentaires séparées par un cabinet de toilette. La façade arrière est très désorganisée et la taille des ouvertures ne sont pas harmonieuses. Elles reflètent immédiatement l’usage des pièces qu’elles éclairent (petite fenêtre haute pour les wc, porte-fenêtre pour la chambre, fenêtre normale pour la cuisine). Deux petites constructions ont été ajoutées au fil du temps. A l’Est, une terrasse au sol en céramique rouge couverte via une toiture précaire en polycarbonate ; à l’Ouest, un abri de jardin au sol en terre également couvert via une toiture précaire en fibrociment.

PROJET
Les maisons de l’époque étaient tournées vers l’espace public au détriment du jardin : les pièces de vie donnaient sur la rue, les pièces humides donnaient sur le jardin. Le projet inverse cette distribution afin de disposer de pièces de vie ouvertes sur le jardin et de dédier l’étage uniquement aux chambres. Comme la maison existante en dispose déjà de deux à l’étage – pour les enfants – il s’agit de réaliser une surélévation dont le programme modeste consiste en la réalisation d’une suite parentale avec chambre, salle d’eau et dressing. Afin de respecter l’environnement patrimonial fort de l’avenue, mais également pour ne pas brouiller encore plus la lecture de la maison actuelle, le projet propose d’avoir l’impact le plus faible possible sur la rue. Il s’agit de ne pas « sentir » la présence d’un nouveau volume. Pour cela, le projet propose de réaliser une toiture à pente inversée, qui se décolle de la toiture existante en ardoises grâce à une fine bande de fenêtres. Cette toiture inversée, en retrait de la façade, tourne légèrement vers l’Ouest afin de relier visuellement le projet à la maison voisine et présenter ainsi une continuité urbaine. Si sur la rue, la toiture veut rester discrète, sur le jardin, le nouveau volume s’exprime pleinement. Les chevrons nécessaires à la structure sont prolongés et une pergola vient s’y suspendre. Ces deux éléments en bois apportent de la légèreté au projet et ils confèrent l’homogénéité recherchée à cette façade désorganisée. De ce côté-ci aussi, la toiture se décolle à l’aide d’une fine bande de fenêtres. L’harmonisation de la façade est complétée par le traitement du rez-de-chaussée : de nouvelles ouvertures au rythme régulier sont créées ; les différents niveaux de l’ancienne terrasse sont unifiés par une terrasse bois qui s’étend sur toute la largeur de la parcelle. La toiture à pente inversée et la pergola ont également été conçues comme des éléments d’architecture ayant un impact climatique. Leurs débords ont été dimensionnés afin de constituer en été une bonne protection solaire, tout en laissant pénétrer le soleil lors des autres saisons.

MATERIAUX
Face à l’environnement patrimonial fort, le projet propose des matériaux au nombre limité et aux teintes sobres qui ne cherchent pas à être dans la démonstration et qui veulent rappeler les matériaux caractéristiques du quartier. Les façades existantes de la maison sont harmonisées. Elles sont repeintes en blanc et l’ensemble des menuiseries qui s’y trouvent (neuves ou rénovées) sont en aluminium blanc. La surélévation présente des matériaux dont les teintes marquées viennent contraster avec celles de la maison existante. Les sous-faces de la toiture sont réalisées en volige en bois traditionnelle, tout comme les chevrons et la pergola. La toiture, noire, rappelle la couleur des toitures d’ardoises caractéristiques de la région. (texte : Onze04 architectes).

Vidéo
Présentation de la maison lors du RDV du CAUE #13 « Petites histoires de maisons : habiter la toiture » du 04/02/2020, en ligne sur la chaîne YouTube du CAUE : https://youtu.be/4vVHfD_u0w8

 

Programme

Rénovation intégrale + surélévation / Maison individuelle, entrée, cuisine, salon, salle à manger, 3 chambres, salle de bain, wc, suite parentale avec salle d’eau et dressing

Concepteur(s)

Maître(s) d'ouvrage(s)

Types de réalisation

Année de réalisation

Surface(s)

130,50 m2 (SHAB) / 157 m2 (Surface plancher) - Existante : 112,12 m2, Créée : 29,25 m2, Supprimée : 4,23 m2 (Surface plancher)

Coûts

178 000 € HT / 204 000 € TTC

Documents

Crédit photos

Onze04 Architectes, Laurent Desmoulin, François Dantart

Liens pages web

Date de mise à jour

14/01/2022