Musée de la Faïence - Nevers

16 rue Saint-Genest, 58000 Nevers Nevers

L’architecture est faite de compromis, d’invraisemblances, de paradoxes ou de contraires. Une construction, c’est une enceinte fermée qui pour autant s’ouvre au monde, une enceinte faite de matériaux lourds qui pour autant doit paraître légère. Les matériaux sont comptés, l’architecture se doit d’être généreuse. L’architecture est nouvelle, il faut que l’on ait l’impression qu’elle a été toujours là et que rien n’a changé. La nouveauté doit se fondre dans le paysage naturel ou urbain mais néanmoins déclamer sa présence…
Le Musée Blandin, plus que tout autre, est le lieu des oxymores. C’est pourquoi il fallait ne rien imposer mais simplement se laisser guide par la mesure des entours et des occupations bâties. Se laisser porter par les matières, les parcours et les vides. S’imprégner de l’ambiance, du verbe des lieux et des architectures parvenues jusqu’à nous. Les architectures, du bas coté nord et du porche de l’ancienne abbaye bénédictine, de l’hôtel particulier du XIXe, des remparts et des jardins, sont à la fois massives et graciles, domestiques et hiératiques, profanes et cultuelles.
Il fallait donc, pour ne pas se perdre ou perdre l’essence des choses dans l’ancien comme dans la nouveauté, reconnaître les appartenances. On ne devait ni estomper les vestiges de l’abbaye et de l’hôtel du XIXe, ni éclipser les dispositifs architecturaux du nouveau musée. Il fallait donner de la force aux uns comme aux autres, sans pour autant qu’ils se concurrencent. La discrétion des formes nouvelles était certainement nécessaire, sans pour autant qu’elles paraissent s’évanouir. La force des formes anciennes était tout aussi indiscutable à préserver sans pour autant qu’elles paraissent dominer. Il fallait surtout penser à l’insertion et non pas seulement à l’intégration des nouveaux dispositifs architecturaux dans l’ancien, parce que la solution n’est pas dans la forme des choses, mais dans la relation qu’elles entretiennent entre elles. Il fallait à tout prix éviter le factice, le pastiche ou le faux semblant. Comme tout ici respirait l’art d’édifier (De re oedificatoria), il fallait seulement s’en inspirer.
Comment aurions nous pu égaler en générosité et magnificence les maçonneries du bas côté nord et du porche ? La munificence des piliers, des croisées d’ogives et autres pilastres, était inégalable. Aussi le nouveau vestibule ne pouvait se concevoir et se construire en maçonnerie de pierres, de moellons ou de béton.
Il fallait trouver d’autres élégances, d’autres façons de construire sans pour autant renoncer à déclamer, à l’égal des appareillages anciens, un ordre édificateur fort et généreux. La matérialité du bois doublée de ses techniques contemporaines de transformation et d’assemblage était une solution pour édifier le vestibule solidement et harmonieusement mais sans comparaison possible avec la matérialité des pierres des maçonneries massives des vestiges de l’ancienne abbaye.
Il se dégage ainsi de la construction tout en bois une robuste fragilité que contribuent à rendre solide les épaisses vêtures en bois, les fins moucharabiehs aux lames de bois bien serrées, les larges rampants de toiture, les confortables piliers ou les imposants cadres en bois des portes et des baies vitrées.
Les principes conceptuels qui ont présidé à la construction du vestibule seront partout reconduits. Pas de pastiche, pas d’imitation, pas de faux semblant formel, mais décliner et matérialiser des techniques constructives fines afin de conférer au bâtiment des qualités architecturales à l’égal des anciens mais sans comparaison possible.
C’est ainsi que les formes oblongues des poutres ou ovales des poteaux, les formes striées des planchers en bois, les formes décaissées des plafonds en plâtre ornent fonctionnellement les espaces. Parce qu’elles sont aussi structures porteuses, correcteurs acoustiques, systèmes d’éclairage… Rien de superflu, que de l’utile, que du fonctionnel, comme les luminaires en pendentifs, les mains courantes profilées que l’on retrouve dans les espaces et qui participent aussi à l’ornementation.
Les matériaux utilisés sont peu nombreux, du bois, du métal, de la pierre, leur matérialité est aussi constante, tout au long des espaces on retrouve les mêmes couleurs, les mêmes textures. Le caractère cultuel des lieux portait à décliner une simplicité remarquable.
(Benoît Crépet)

Balade d’architecture moderne et contemporaine dans la Nièvre : Nevers

Programme

Réhabilitation et extension du musée de la Faïence

Maître(s) d'ouvrage(s)

Types de réalisation

Année de réalisation

Surface(s)

2 175 m2 (SHON)

Coûts

8 080 000 € (HT)

Crédit photos

Milène Servelle; Pascal Jacquot

Date de mise à jour

01/12/2016