Requalification de la résidence Paul Langevin à Montfermeil - MONTFERMEIL

93370 MONTFERMEIL

OBS-209
1 / INSERTION URBAINE ET TERRITOIRE
La résidence Paul Langevin se situe côté Montfermeil au sein de la cité dite des Bosquets, dans le quartier du plateau à Clichy/Montfermeil. Situé à 15 kilomètres à l’est de Paris, cet ensemble réparti sur les deux communes comprend 4 700 logements sur 60 hectares et 20 000 habitants.
Construite par l’architecte Bernard Zehrfuss au milieu des années 1960 sur des terrains privés gagnés sur la forêt de Bondy, la cité des Bosquets (1 075 logements) et son homologue clichois, la Forestière (508 logements), réalisée plus tardivement, ont été confrontées très rapidement à des difficultés de commercialisation. Réalisées par des investisseurs privés à la suite de l’annonce du projet finalement avorté d’autoroute A87 qui devait relier Marne-la-Vallée à Roissy, elles sont très vite entrées dans un processus de paupérisation et de dégradation. Le quartier est alors caractérisé par une forte prédominance de copropriétés en difficulté. Les traces de l’A87 sont encore visibles devant la mairie de Clichy où une grande pelouse devait être transformée en bretelle autoroutière. Bien qu’ayant, en un sens, échappé
au morcellement territorial lié à la présence d’une autoroute et à ses nuisances, les cités n’en demeurent pas moins délaissées, éloignées des transports publics et des commodités et de fait totalement enclavées. Seules quelques lignes de bus relient le quartier au RER E.
Pour remédier à ces problèmes, le quartier a été intégré dans le périmètre d’intervention du Projet national de renouvellement urbain (PNRU). Il a fait l’objet d’une convention signée en 2004 et constitue un des rares PRU intercommunaux. Le secteur constitue en effet une entité urbaine répartie sur deux communes, aux tendances politiques différentes gauche/droite.

Le projet de rénovation urbaine avait été amorcé en 1992 grâce au lancement d’une étude urbaine auquel avait participé l’agence Alexandre Eléfant. La création d’un SCOT avait débouché sur la désignation de deux urbanistes, un sur Clichy et un sur Montfermeil, respectivement l’agence Bécard et l’agence RDE en 2002-2003. Deux Zones d’aménagement concerté (ZAC) ont été créées pour réaménager le quartier du plateau avec un projet de Transport en commun en site propre (TCSP), attendu en 2015 et qui a vocation
à désenclaver le site.
Au sein de la cité des Bosquets, la résidence Paul Langevin était, à l’origine, le seul bâtiment à avoir le statut de logement social. Elle a été construite en 1965 par la SA HLM Orly Parc. Élevée sur R+4, elle comportait initialement 105 logements répartis sur 10 cages d’escalier. En 2001, la SA HLM Orly Parc a été rachetée par l’OPIEVOY, désormais propriétaire d’un ensemble de 6 000 logements dont 1 400 à Clichy-Montfermeil.

2 / ÉTAT DES LIEUX ET DIAGNOSTIC
Avant la requalification, la cité des Bosquets se composait de longues barres d’une hauteur variant entre R+4 et R+10, longées par la Forestière au nord, un tissu formé par des pavillons anciens au sud et un long mur aveugle à l’est derrière lequel s’étend la forêt de Bondy. Elle était marquée par l’absence de trame viaire. Les bâtiments délimitaient un îlot rectangulaire totalement fermé, dans lequel il était très difficile de pénétrer. Recréer de la perméabilité et de l’ouverture était l’une des ambitions de la rénovation urbaine de la cité avec la création de voies. Le coeur d’îlot s’articulait entre places de parkings et colline pauvrement paysagée en pied d’immeuble.
Bordée par une rue en anneau, la résidence Paul Langevin souffrait d’une désorganisation des espaces et d’une dégradation générale du bâti. Le quartier était également en proie à des actes de vandalisme et d’incivilité. Cependant, le bâti ne révélait pas de pathologie grave et le site a des qualités comme la proximité de la forêt de Bondy.

3 / ACTEURS DU PROJET ET PLANIFICATION
En 2005, l’OPIEVOY a lancé une étude et une consultation pour la requalification de la résidence Paul Langevin, dans une cité désormais découpée en îlots attribués à différents maîtres d’ouvrage. La consultation a été remporté par l’agence Alexandre Eléfant Architecture, armée d’une bonne expérience de la réhabilitation et d’une excellente connaissance du terrain, due à la réalisation d’études sur le plateau dans les années 1990. Le terme ‘requalification’ est utilisé ici pour désigner sur la résidence l’ensemble coordonné de démolition partielle, de réhabilitation en site occupé des logements non détruits et de résidentialisation de leurs abords.
Les démolitions ciblées se sont terminées fin 2007, pour laisser place à la réhabilitation, puis à la résidentialisation livrée en novembre 2008. Alexandre Eléfant souhaitait tirer le meilleur parti des bâtiments et ne pas faire table rase de l’existant qui possédait selon lui des qualités sur lesquelles il pouvait s’appuyer.
Il a proposé de travailler sur une trame urbaine comme base de renouvellement, pour une réhabilitation portant sur l’intérieur des logements, les façades, la toiture et les parties communes.
L’architecte a eu le souci pendant le projet de maîtriser les coûts par un dessin très détaillé et par le choix des matériaux. Alexandre Eléfant privilégie souvent un matériau peu onéreux qu’il décline à partir d’une taille standard d’usine pour limiter les chutes et éviter les surcoûts de matière ou les pertes.

4 / PROGRAMME ET INTENTIONS
La résidence était marquée par l’existence d’un passage piéton engazonné mal défini entre le bâtiment et le groupe scolaire vers lequel elle se tournait sur sa face sud. Il s’agissait d’organiser la voie publique côté nord en créant une gradation spatiale entre la voie, les halls orientés au nord et la restructuration des espaces extérieurs. Bien que l’architecte ait été déjà désigné, la ville a opté pour le passage de la voie le long du groupe scolaire au sud et proposé de retourner les halls en façade sud.
Alexandre Eléfant a cependant décidé de préserver son principe de gradation entre les espaces en conservant une façade nord orientée vers les services, c’est-à-dire les espaces de stationnement, le local des encombrants, les cheminements piétons. Les halls entourés de pelouse en pied d’immeuble n’ont pas changé de localisation et demeurent pour des raisons structurelles, économiques et techniques côté nord.
Les locaux de tri sont externalisés au pied de chaque hall pour limiter leur circulation et éviter que les poubelles ne s’accumulent à l’entrée de la résidence. Ainsi, le vidoir disparaît de la vue au profit d’un hall agrandi, étendu vers l’extérieur, souligné et protégé par un auvent.
La démolition de deux cages d’escaliers, soit 20 logements, rompt l’extrême répétitivité de l’ensemble et permet le passage d’une nouvelle voie favorisant le désenclavement et le retour à un plan masse composé d’îlots résidentiels. Orienté vers le groupe scolaire, le bâtiment se
fractionne désormais en deux parties non symétriques composés de 35 et de 55 logements sur lesquels a porté la réhabilitation à proprement parler.

5 / CONSTRUCTION, CHANTIER ET MATÉRIAUX
Pour Alexandre Eléfant, « la réhabilitation n’est pas une simple remise à niveau du patrimoine ». Son propos s’articule sur l’intégration des contraintes et la valorisation d’un patrimoine délaissé en proposant des solutions de qualité au plus proche du budget tout en maîtrisant la complexité du chantier.
L’architecte a dû en parallèle gérer la difficulté d’intervenir en milieu occupé et au plus proche des habitants.
Pour compléter son travail, l’architecte a collaboré avec un paysagiste et une coloriste sur l’agencement des matériaux pour obtenir une harmonie de l’ensemble.

Programme

démolition de 20 logements, réhabilitation et résidentialisation de 85 logements

Maître(s) d'ouvrage(s)

Types de réalisation

Année de réalisation

Surface(s)

5700 m2 (SHON)

Coûts

4,6 millions d'euros HT

Crédit photos

ALEXANDRE ELEFANT ARCHITECTE

Date de mise à jour

12/07/2019