Maison type Métropole de Jean Prouvé, Tourcoing (59) - Tourcoing

99 rue du Générall Marchand, 59200 Tourcoing

Concept de la restauration : Montrer l’invisible

Avant de décrire la restauration du pavillon Métropole de Jean Prouvé à Tourcoing (Nord) il me parait important de rappeler qui il était ?

Jean Prouvé n’est ni architecte, ni ingénieur. Il a reçu une formation de ferronnier d’art. Ce métier est la clé pour comprendre son travail. Il a un sens aigu de la matière. Toutes ses créations passent par la réalisation de prototypes avant d’être peaufinées par le calcul.

Pionnier dans la construction industrielle, l’expérimentation de ses travaux traite de la préfabrication : rapidité de mise en oeuvre et modularité de la maison.

Jean Prouvé a créé un système modulaire, une conception dans laquelle est adoptée, en vue de sa répétition, une unité de mesure : le mètre. La maison ainsi tramée, se développe sur une dalle de 8 x 12 m. Cette dalle est surélevée par un socle, permettant d’y nicher un garage, un car port, une buanderie, une resserre… Le sous-bassement pouvait aussi bien être exécuté en béton, parpaings, pierres…

Le principe de modularité se retrouve en plan et en façade. Chaque panneau extérieur (1,0 x 2,4 m) peut s’implanter au bon vouloir du client. De même pour la porte d’entrée et ses hublots, l’escalier d’accès, les panneaux de cloisons intérieures et le fameux bow-window, pouvant être positionnés suivant l’orientation, l’accessibilité ou les vues les plus intéressantes.

Pour la restauration de cette maison, il a été facile de décomposer l’intérieur et d’en changer l’usage : d’une habitation à un bureau. Transformer la trame de 8 x 12 m divisée en T4 (trois chambres, un salon, une cuisine, une salle d’eau et un WC) en un lieu de travail (grand open space, 2 bureaux, un coin cuisine et un WC).

Jean Prouvé dans un souci d’utilisation de minimum de matière première, a conçu tous les éléments métalliques (acier & aluminium), en tôles pliées avec juste quelques points de soudure. Les éléments les plus importants peuvent être montés par deux hommes. Les panneaux pèsent entre 40 & 68 kilos.

 

Après avoir restauré la première maison Métropole de Jean Prouvé en 1999 avec un maître d’ouvrage privé, le groupe Vilogia, propriétaire de la deuxième maison voisine, située au 99, rue du Général Marchand à Tourcoing, nous a proposé de la restaurer. Ayant déjà réhabilité une première maison, nous connaissions le mécanisme du pavillon et tous ses secrets cachés.

Les études ont commencé en novembre 2011 pour une réception le 11 juin 2013.

Juillet 2012 – démontage pour une durée de 10 jours.

Le temps ayant oeuvré sur les rives métalliques hautes et basses, sur les tirants ; à certains endroits, il ne reste plus de matière ou bien juste de la dentelle. Il ne faut pas oublier, que pour Jean Prouvé, ce type de bâtiment ne devait pas durer plus de 10 ans.

La restauration dans les ateliers de l’entreprise SMJ va durer 6 mois. Celle-ci a pu récupérer 98% des pièces existantes. Le décapage des panneaux a posé des difficultés. Les anciens locataires ayant vécu plus de 40 ans dans ce pavillon, l’histoire du papier français était présent sur les panneaux – 4 à 5 couches successives plus quelques couches de peinture. Il a fallu décaper une couche à la fois par 1/2 panneau (124 faces), soit environ 750 bains.

Mars 2013 – la reconstruction commence. Les compagnons ont la tache de remonter les 3.600 pièces, celles-ci sont assemblées uniquement par des vis et des boulons. Cette maison est un immense meccano.

La 1ère étape est de fixer les deux portiques sur la nouvelle dalle de béton qui est composée d’une isolation en sous-face et d’un chauffage par le sol. Suivent les rives basses et hautes, les tirants, la poutre faîtière en trois parties égales et les poutres pignon en forme d’ailes d’avion. Ensuite vient la mise en place des parois extérieures avec leur revêtement en aluminium peint sur l’extérieur et leurs faces intérieures en contreplaqué ou en aluminium. Les tôles de la couverture en aluminium viennent couronner le tout. Il a fallu cinq jours pour rendre le pavillon étanche. A ce stade, on peut déjà apprécier la recherche sur la luminosité intérieure du bâtiment, la pertinence du jardin d’hiver qui prolonge l’espace intérieur vers l’extérieur.

Les jours suivants verront l’arrivée des cloisons sur lesquelles le serrurerier, l’électricien et le plombier interviendront dans une symbiose presque parfaite.

Dernière phase : la mise en peinture.

Comment ne pas trahir l’esprit de Jean Prouvé tout en inscrivant la maison dans son époque.

Comment utiliser la peinture comme support pédagogique afin d’expliciter les principes constructifs.

Ce fut un travail passionnant au sein de l’agence. Après les choix de principe retenus, un nombre conséquent d’essais in situ furent effectués afin d’apprécier les teintes avec leur environnement et leur orientation. Un élément pour nous important, était de marquer où commençait la conception de Jean Prouvé qui n’avait pas prévu le pavillon sur pilotis (demande du ministère conçu par son frère Henri, architecte).

Jean Prouvé utilise chaque élément pour participer au fonctionnement des autres, c’est un de ses secrets. Il nous est apparu important, en accord avec l’Architecte des Bâtiments de France, Madame Catherine Bourlet et de la représentante de la famille Prouvé, Madame Catherine Prouvé, que certains de ces éléments restent apparents à la fin de la restauration. Que le public qui viendra visiter cette “oeuvre“, puisse en comprendre le sens.

La création d’un décaissé au niveau des portiques et du faux plafond en sera la résultante. Il est là pour témoigner de la pensée de Jean Prouvé, à l’image des écorchés en anatomie. Nous pouvons comprendre que par l’intelligence constructive, il n’y a pas de superficiel, ni de décoratif, mais bien une pensée active au service du projet.
Pour prolonger le travail de Jean Prouvé, lui donner une touche contemporaine, Caty Olive, créatrice lumières a participé à la mise en lumière de la structure et de l’espace intérieur par un travail subtil et respectueux.

Jean charles Huet

Photos haute définition

Programme

Restauration complète
Maison individuelle transformée en bureau

Maître(s) d'ouvrage(s)

Types de réalisation

Année de réalisation

Surface(s)

SHON : 119 m2 SHOB : 161 m2

Coûts

HT : Go Vrd : 46 006 - Serrurerie : 134.153 - Menuiseries bois : 10.108 - Electricit? : 27.341 Ð Peinture : 14.615 Ð Cuisine : 6.347

Crédit photos

© Jean-Charles Huet

Date de mise à jour

02/09/2016