Reconstruction et réhabilitation de la cité Chantilly à Saint-Denis - SAINT-DENIS

93200 SAINT-DENIS

OBS-16
En lisière d’un quartier pavillonnaire bordé par un parc, la Cité Chantilly, cité à la dérive déjà réhabilitée dans les années quatre-vingt, subit une opération de démolition-reconstruction sur plus de dix ans. L’originalité et l’innovation résident dans la délégation de dix immeubles de logements à dix architectes différents, sur un plan masse commun.

HISTORIQUE DU PROJET :
La mise en relation de dix jeunes architectes sur un site en réhabilitation lourde est ici à souligner. L’investissement de Pierre Riboulet dans l’idée de faire travailler de jeunes architectes, de qualifier leur travail et de proposer à la maîtrise d’ouvrage une diversité et une mixité d’architectures sur un même plan masse demeure exceptionnelle. Pierre Riboulet a développer en quelque sorte un dispositif de « work in progress» au sein d’un « workshop » où dix architectes, auteurs de dix projets différents, travaillent en harmonie autour de lui, tout en validant les propositions avec les élus, les habitants et la maîtrise d’ouvrage et cela sur plus de dix ans. Riboulet représentait une garantie pour le maître d’ouvrage qui lui a confié une maîtrise d’oeuvre classique. Il n’était pas rentable pour elle de faire dix missions. Riboulet était le contrôle d’une équipe chargée de faire la synthèse. L’atelier de Choiseul a continué le projet dans le sens de l’héritage : satisfaire les orientations de départs, les auteurs des projets. Le projet repose sur une grande collégialité qui lui donne son caractère spécifique.

PROGRAMMATION, MONTAGE ET CONDUITE DE L’OPERATION, GESTION DE L’OPERATION :
Pierre Riboulet pensait que le programme d’édification de logements était le plus dur car il touche à la vie. Selon lui, la maison est un espace fondamental.
Les problématiques sont vastes et complexes : comment répondre à la question du logement en quantité en évitant la série, la répétition, le mitage du territoire, l’anecdotique, tout en restant dans une réponse contemporaine de la situation, de la traduction de la société ?

L’opération de la Cité Chantilly est ici exemplaire : il s’agit à la fois d’un laboratoire de cent logements et d’une démonstration pour l’identité de la ville. Dans ce champ d’expérimentation possible, Riboulet à poussé au plus loin les conditions d’une morphologie et d’une typologie qui soient une règle. L’opération se déroule en trois phases distinctes sur plus de dix ans. 1ère phase : démolition de trente logements , lot 1, 4 ,10 (12 rue Robert Desnos) 2ème phase : trente logements : lot 2, 3, 5 rue Kated Yacine 3ème phase : lots 6 et 7, 8, 9. Le projet ne se fait pas sans heurt, avec la réactualisation des prix au moment de la passation entre l’agence Riboulet et l’atelier de Choiseul. Il y avait une grosse prise de risque de la part de France Habitation à l’origine du projet qui pariait sur l’expérience et le savoir-faire de Pierre Riboulet. Les budgets sont serrés ce qui entraîne un niveau des prestations assez bas. L’espace extérieur est pauvre. Aujourd’hui, l’opération démontre que l’on peut faire du logement social différemment, avec d’autres méthodes. C’est une opération vitrine du savoir-faire. Les risques de ce type de projet ne sont pas uniquement architecturaux et financiers. Il y a aussi la lassitude, la fatigue des entreprises sur la durée et l’obsolescence possible du projet dans un contexte qui évolue sans cesse. L’atelier de Choiseul est le relais d’un scénario écrit à l’avance, dont les auteurs ont disparu. Demeurait la persistance autour de la volonté du faire. Le projet fonctionne bien et connaît de bons retours aujourd’hui pour les phases un et deux. Les habitants relogés apprécient leur nouveau cadre de vie. La résidence supporte bien son environnement et se pérennise. La présence sur site d’un gardien permet aussi une interface avec la maîtrise d’ouvrage et permet des interventions au quotidien. Plus encore que la médiation architecturale, ce sont le montage opérationnel, l’habitabilité et la typologie qui demeurent les principaux intérêts du projet.

DIMENSION URBAINE :
La cité Chantilly est un quartier d’habitations qui fait lien entre le pavillonnaire prégnant alentour et les entités urbaines plus marquées comme les grands ensembles, et un système de rue plus denses comprenant des bâtiments à R+3. L’intelligence du projet réside dans le fait de traduire cette prise de conscience de diversités d’échelles et de créer de fait cette échelle intermédiaire. Le projet est un maillage de rues et une composition des dix immeubles de logement par les dix architectes répondant à des typologies de R+3 et R+2.
Pierre Riboulet a dessiné des rues pour rattacher à la ville ; chaque hall a désormais une adresse, les bâtiments sont identifiables comme unités d’habitations et de personnalisation des logements. Le POS imposait un alignement sur rue. Un mélange se fait entre du semi-collectif, du collectif … des jardins, des terrasses.

L’arrière des bâtiments est considéré comme un vécu, produisant des espaces collectifs et fréquentables (boxes,
jardins). Les garages viennent recréer un lacis de cours pour retrouver une continuité, une fluidité.
Ce sont des espaces de transition et de pauses qui
aujourd’hui ne sont pas toujours très bien vécus notamment par le gardien qui doit faire face à des détournements d’usage et répondre à des questions de sécurité.
Au sujet de la démolition des tours, Pierre Riboulet n’est pas un défenseur de la tabula rasa et de fait, la question de la démolition s’est vite posée.
Selon Gilles Cohen, l’Atelier de Choiseul, il ne défendait pas de règle en la matière et pensait qu’on pouvait faire une réhabilitation de grande qualité sur le site mais qu’il valait mieux détruire s’il y avait des problèmes de distribution, de morphologie, de densité.
L’idée est venue par les habitants, à la fin des années quatre-vingt, qui ont produit la preuve que le lieu était mal aimé, à la dérive, et surtout que la réhabilitation n’était pas à la hauteur des attentes. Il est à rappeler que le projet initial n’avait que peu de qualités.
Par conséquent, l’idée de la démolition n’a pas été perçue de manière traumatisante par les habitants.
La taille du site permettait de faire des expériences.
Bien situé, face à un parc, proche du centre ville, le site est porteur de potentialités et aujourd’hui il réussit par son urbanisme et son architecture à se raccorder à son environnement immédiat et à produire une nouvelle échelle de quartier.

DIMENSION ESTHETIQUE :
La qualité de cette opération d’un point de vue esthétique réside dans sa capacité à créer une unité de site dans une multiplication d’ambiances et d’identités.

INNOVATION :
L’expérience a été acceptée, revendiquée dans une architecture qui n’est pas celle de l’image, mais plus celle de l’intemporel.
Le projet fait un lien entre les différents acteurs qui se sont succédés durant ces dix dernières années et par tous il fut défendu pour être mené à son terme.

Programme

Opération de démolition de 150 logements dans une cité à la dérive, recomposition d’un plan masse, construction de 100 logements neufs, création de 3 voies publiques

Maître(s) d'ouvrage(s)

Types de réalisation

Année de réalisation

Surface(s)

7777,09 m2 (SHON)

Coûts

10 millions d'euros (HT)

Crédit photos

ATELIER CHOISEUL

Date de mise à jour

12/07/2019