Rénovation du quartier du pont - Auxerre

89000 Auxerre

Architecture du XXe dans l’Yonne

Rénovation du quartier du pont par Alain BOURBONNAIS : quartier d’habitation, années 1970-1980
Bibliothèque municipale, 1979 par Alain BOURBONNAIS & VINCENOT

Après les reconstructions de 1950 et les rénovations des années 1960, la nouvelle municipalité en place en 1971 décide de lancer un vaste programme de rénovation, lequel va faire table rase de la physionomie ancienne du quartier du Pont pour créer un ensemble de 400 logements et des équipements publics. Alain Bourbonnais devient l’architecte en chef de cette opération. Outre l’habitat groupé, il dessine un parking souterrain et signe la bibliothèque municipale.
Dans les années 1970, en France, le logement de masse prend tout autant la forme de tours que celle de maisons de ville. A Auxerre, cette seconde typologie est préférée pour constituer un habitat groupé intermédiaire : les appartements occupent des petits immeubles de 3 à 4 étages dont les façades empruntent largement au vocabulaire de la maison. De telles dispositions sont fortement appréciées à l’époque lorsqu’il s’agit de penser les villes nouvelles car elles sont censées favoriser les liens sociaux. Bourbonnais n’aligne pas les constructions. Le retrait des élévations associé aux variations de hauteurs crée une animation en même temps qu’il donne l’idée d’un quartier composé de maisons particulières, édifiées individuellement. Les cheminements piétonniers et la ponctuation de l’ïlot par des espaces paysagers contribuent au dessin d’un «village urbain». Dans les années 1980, des documents de promotion de l’opération évoquent un parti architectural qui ménage une transition entre le bâti ancien du secteur sauvegardé et les chantiers de l’après-guerre : ils vantent les «volumes harmonieux» des petits immeubles, les «façades rythmées» dont le nombre de travées varie et le «jeu des toits couverts de tuiles plates». Pourtant, malgré des références au bâti bourguignon et à l’architecture domestique, il est bien difficile d’établir un lien direct avec les rues environnantes. Le remodelage du quartier du Pont a d’autres conséquences moins visibles : une densification (400 logements occupent à présent une zone autrefois peuplée par 190 foyers), une évolution des classes sociales des résidents engendrée par le coût élevé des constructions, la création d’équipements profitant aux habitants, comme la bibliothèque municipale ouverte en 1979 et qui sert également de salle polyvalente.
Un article publié dans l’Architecture d’Aujourd’hui en 1957 présente Alain Bourbonnais (1925-1988) comme l’un des «bons espoirs de la jeune architecture en France». On salue l’imagination d’un homme qui «ne craint pas d’aller jusqu’au bout de ses idées». Ce personnage curieux et créatif, qui a été architecte des bâtiments civils et des palais nationaux, laisse une production hétérogène : il est difficile de parler d’un «style Bourbonnais» aisément identifiable. Chaque projet adopte des formes relativement différentes, démontrant ses diverses influences ou révélant le souci d’une étude précise de chaque bâtiment pour offrir le discours architectural le plus pertinent. Lorsqu’il imagine la basilique d’Alger vers 1957, il délivre une maquette qui invite les comparaisons avec le couvent de la Tourette. Le parc de détente et de loisirs du Tremblay (1967) est une imbrication de cellules elliptiques tandis que le square qu’il aménage à Paris dans le 15e arrondissement en 1972, trahit son goût pour l’Art brut. Il collectionne les œuvres comme il amasse de nombreux objets insolites. Originaire de l’Allier et amoureux de la campagne, il achète une maison à Dicy (dans l’ouest de Yonne) et ouvre en 1983 un espace d’exposition de ses trouvailles : la Fabuloserie. Des parallèles entre sa production nationale, voire internationale, et ses chantiers auxerrois sont difficiles à établir; il n’est pas plus aisé de faire le lien entre les habitations et la bibliothèque municipale. Face à la volumétrie complexe de l’établissement culturel dont les 6 niveaux se développent en partie en mezzanines sous une charpente en bois, on pense tout de même à l’église qu’il a construit à Saint-Cloud, en 1965, Stella Matutina, dont la couverture sur une charpente en bois est constituée d’une imbrication de pans triangulaires aux orientations diverses.

Extrait du Guide d’architecture en Bourgogne 1893-2007 – Éditions Picard-2008

Programme

Rénovation du quartier en prévision de passer de 190 à 420 logements dans le futur

Maître(s) d'ouvrage(s)

Année de réalisation

Surface(s)

3 ha

Coûts

Non communiqué

Crédit photos

CAUE 71

Date de mise à jour

02/01/2017